DISCOURS
D’INVESTITURE
DU
PRESIDENT DU CONSEIL REGIONAL
Chers
élus et chers compatriotes,
Ce
n’est pas seulement avec confiance et détermination
que j’accède à cette présidence aujourd’hui.
Je le fais surtout avec une grande, et sincère, et très
profonde humilité.
Conscient
du poids de la responsabilité que notre équipe porte
désormais, je suis totalement persuadé que l’humilité,
et le respect de l’autre, sont des valeurs essentielles
que nous devons réintroduire dans notre vie politique.
Mais, si un tel sentiment m’habite en ce moment, avec autant
de force, c’est pour de nombreuses raisons. Des raisons
qui relèvent autant de ma vie personnelle que de l’histoire
de notre pays et du développement de ses institutions.
La
première raison de cette humilité, c’est que
mes pensées m'inclinent vers deux grands martiniquais qui
m’ont précédé à ce poste.
Aimé
Césaire n’a pas été seulement le premier
Président du premier Conseil Régional, il y a 27
ans. Il a été, au sens propre du terme l’inventeur
de cette institution. Dans une France gangrenée par cette
maladie, si française, que l’on a appelée
un peu vite le jacobinisme, il a été a été
le premier responsable politique à évoquer en 1958,
une décennie avant Michel Rocard et un d’un quart
de siècle avant le vote de la loi de décentralisation
de 1982, sous le gouvernement de Pierre Mauroy, à évoquer
la nécessité d’ en finir avec l’ultra-centralisme
qui minait la République.
Je
veux aussi parler de Camille Darsières qui restera dans
nos mémoires comme un Président visionnaire et bâtisseur
de la Région Martinique. C’est l’occasion pour
moi de les rétablir post mortem dans leur dignité.
Je
pense aussi à mes prédécesseurs directs
-- au
Président Émile Capgras, au Président Alfred
Marie-Jeanne --
qui ont su animer la Région Martinique de leurs convictions
et du désir incontestable de faire avancer notre pays sur
la voie de l’épanouissement et du progrès.
Le
Président Marie-Jeanne, qui m'a adressé ses voeux
de réussite, a choisi de ne pas siéger au sein de
cette assemblée. C’est un choix que je regrette mais
que je respecte. Je lui adresse en retour tous mes remerciements
et toute ma gratitude pour ces douze années de dévouement
au service de notre pays et de son devenir.
Je
pense aussi à notre regrettée collègue, Christiane
D’Orléans, femme de travail, femme d’intelligence,
femme de courage, dont l’action quotidienne au coeur de
cette assemblée aura laissé ce manque considérable
que nous percevons encore et qui, je le pense sincèrement,
nous accompagnera longtemps.
Un
tel exemple me fait penser à ces milliers de martiniquais
et de martiniquaises, toujours anonymes, trop souvent oubliées,
qui, ouvriers, pêcheurs, agriculteurs, intellectuels, ou
militants politiques, nous habitent et qui de tous temps ont été
les moteurs de notre histoire.
Je
pense enfin à ces 78193 électeurs qui m’ont
honoré de leur confiance
et qui dans le même temps m’ont confié la lourde
responsabilité de leurs espérances et de leur désir
ardent d’une Martinique nouvelle.
A
ceux-là, je dis que j’assumerai cette tâche
avec toute la vigueur dont je serai capable. Mais je leur dis
aussi que je ne serai pas seul dans cette tâche. Je serai
avec tous les élus et tout le personnel de cette assemblée,
avec tous les maires et tous les conseillers généraux,
avec toutes les forces productives, toutes les intelligences de
la société civile, toute la créativité
de nos artistes, toute l’implication des acteurs économiques
et sociaux, les entreprises, les partenaires sociaux, tout le
dynamisme de nos jeunes et toute l’expérience de
nos Grandes personnes. La Martinique nouvelle naîtra de
la mobilisation et de la participation de tous, et je serai résolument
au service de cette dynamique !
J’ai
de même une pensée pour tous mes adversaires, et
pour ces milliers de martiniquais dont les suffrages se sont portés
sur les listes qu’ils dirigeaient. A ceux-là, je
dis que la période électorale est terminée.
Ce que nous devons en garder ce sont toutes ces idées,
ces différences, ces divergences qui se sont exprimées,
et qui ne témoignaient que de deux choses: d’un amour
partagé du pays et du souci de son devenir !
La
Martinique nouvelle naîtra de l’expression de sa diversité
mise au service d’une intention commune, et je serai résolument
attentif à ce qui ouvre contre ce qui clôture, à
ce qui rassemble contre ce qui divise !
Au
moment où je parle des centaines de martiniquais vivent
dans des difficultés immenses. Des centaines d’hommes
et de femmes, jeunes et vieux, qui ne savent plus comment payer
leur loyer, comment faire face à leurs dettes, comment
se loger, comment se former, comment trouver de quoi s’acheter
le minimum vital pour eux-mêmes et pour leurs enfants I
Des retraités qui ont tant travaillé au service
du pays, et qui voient de jour en jour leurs ressources diminuer
tandis que se profile en face d’eux le spectre du manque
et de la pauvreté I Des mères de famille qui vivent
le tourment de l’avenir de leurs enfants, sans emploi, sans
formation, sans perspectives, et sans espoirs I Des jeunes qui
ne comprennent plus cette vie, et qui ne comprennent plus leur
vie, et qui ne se lèvent le matin que pour se perdre dans
le désoeuvrement I A la fin de ce mois, des entreprises
auront fermé leurs portes, ou auront licencié, et
de nouveaux martiniquais, de tous âges, entreront dans cette
angoisse de la perte d’un emploi et de la difficulté
quasi insurmontable de se remettre en selle !...
Il
y a tout cela derrière les mots de “crise”
et de “récession” I Il y a tout cela derrière
ma décision de me présenter à ces élections
régionales I Partout où je dirige mon regard, je
ne vois l’ampleur infernale des problèmes et des
difficultés. Mais cela ne fait que me conforter dans la
conviction qu’il faut à la fois, et sans attendre,
traiter toutes ces urgences, apaiser les souffrances , mais ne
rien négliger de l’impérieuse obligation d’aller
à l’essentiel, et de transformer en profondeur ce
système social, économique et culturel dans lequel
nous sommes depuis trop longtemps naufragés.
La
crise de février 2009 est née de ces difficultés
insupportables, tout comme elle est née d’un malaise
plus profond qui porte sur le sens même que nous donnons
à notre vie. Elle nous a forcés à nous interroger
sur la finalité de la croissance économique, mais
aussi, sur les valeurs que nous devons véhiculer dans notre
vie quotidienne tout comme dans notre vie institutionnelle et
politique. J’ai l’intention de mener une véritable
réflexion sur toutes ces notions qui à mon avis
ne peuvent que constituer la base même de tout projet global,
de toute vision véritablement politique, et de toute construction
institutionnelle.
Mais
ce souci de l’essentiel et du fondamental ne nous empêchera
pas d’agir. Dès ce mois-ci, sitôt après
la mise en place des commissions, je prendrai toutes les initiatives
nécessaires afin de mettre en oeuvre un plan de relance
de l’activité et de l’emploi. Pour cela, j’utiliserai
la dynamique centrale que peuvent constituer la commande publique,
le BTP, mais aussi les grands travaux structurants dans le domaine
des équipements publics, du logement, de l’habitat,
(et là je pense aux sinistrés du cyclone Dean qui
vivent depuis déjà trois ans dans une situation
intolérable !). Grands travaux structurants dans les transports,
dans la prévention des séismes, dans les énergies
renouvelables, dans le tourisme, dans la revitalisation de l’agriculture
et de la pêche...
Tout
sera fait pour multiplier le nombre de jeunes, de femmes et de
chômeurs, qui avec l’aide de notre institution pourront
avoir accès à des formations qui ne soient pas des
lieux de garages, mais qui, avec des soutiens spécifiques
aux entreprises, s inscriront dans une stratégie globale,
coordonnée et innovante, de formation continuée
tout au long de la vie. Des formations à la fois mieux
accordées à nos réalités économiques
et culturelles, tout comme à la vision que nous allons
dégager des besoins d’une Martinique nouvelle !
Tout
sera fait pour permettre, dans le cadre de ce plan de relance,
une mise en activité du plus grand nombre, face à
ce drame qu’est le chômage.
Notre
relance s inscrira d’emblée dans la perspective d’une
Martinique plus propre, plus verte, plus bleue, et mieux inscrite
dans un respect dynamique, valorisant et productif, de son environnement,
de sa faune, de sa flore et de sa biodiversité !
Mais
notre relance se situera aussi tout autant, dans le souci de l’efficacité
d’une politique d’investissement public que dans celui
d’une rigueur budgétaire exemplaire. C’est
dans au nom cette exigence que sera crée une commission
ad ‘hoc de contrôle, d’évaluation et
de prospective de nos politiques publiques.
Toutes
ces mesures, et beaucoup d’autres encore, ont été
largement détaillées dans notre programme pour une
Martinique nouvelle, et je ne m’y attarderai pas; mais je
veillerai à ce que toutes nos propositions soient affinées
par la concertation la plus large possible; par l’implication
accrue des socioprofessionnels dans tous les lieux d’élaboration;
mais aussi par l’implication des femmes, des jeunes, et
des aînés dont l’expérience et l’expertise
sont pour nous des ressources irremplaçables. L’exigence
de cette relance et son urgence peuvent nous rassembler tous,
sans exclusive, autour d’un pacte économique social
et culturel qui servirait de socle à la dynamisation des
espaces géographiques que nous avons définis sur
toute la Martinique.
La
Martinique est à la fois une et diverse, Atlantique et
Caraibe, elle a un centre et des extrêmes, elle connaît
l’eau abondante et la sécheresse lancinante, elle
a des lieux de prolifération urbaine, des zones rurales,
des campagnes et des zones plus contraintes, d’enclavement
et de paupérisation. Chacune de ces facettes du pays devra
trouver sa dynamique particulière qui entrera en synergie
avec les autres. Une synergie qui apportera sa diversité
à notre projet d’ensemble ! Car il ne peut exister
de suprématie du monde urbain sur le monde rural, comme
il n’y aura pas de privilège pour la ville de Fort
de France, comme pour n’importe quel quartier, bourg ou
commune, au détriment des autres. Je m’engage à
un traitement juste et équitable pour chacune des parcelles
de vie de ce pays !
Je
prendrai des initiatives pour qu’une nouvelle gouvemance
naisse:
quelque soit leur couleur politique, j’irai moi-même
à la rencontre des maires, des élus, des présidents
de communautés, des acteurs économiques, sociaux
et culturels, pour créer les conditions les plus larges
et les plus favorables au redémarrage de la Martinique.
Des les prochaines semaines, je me rendrai dans des communes du
Nord atlantique, et du grand Sud, pour dialoguer, échanger,
mieux comprendre et partager notre vision du renouveau
Une
collectivité dont la responsabilité instituante
est indéniable
Mais
aucun plan de relance ne pourra fonctionner si deux éléments
ne sont pas réunis: l’implication participative de
tous, et la nécessité de croire en nous-mêmes
!
Le
peuple martiniquais à traversé les épreuves
les plus effroyables, depuis l’esclavage jusqu’aux
formes de dominations et d’exploitations les plus achevées.
Et toujours, il a su forger des générations dynamiques
qui ont fait avancer notre Histoire, et qui nous ont guidés
sur les chemins de plus de conscience et plus de liberté.
Nous avons cette force en nous, il nous faut simplement la mettre
en oeuvre I Rien n ‘ est impossible à un peuple qui
retrouve la confiance en son génie pour inventer des voies
nouvelles et réussir ! Donc, rien ne nous est impossible
!
Face
à la perspective de la collectivité unique (appelé
de nos voeux depuis 27 ans obtenue en 1982 et victime d’un
recours devant le conseil constitutionnel) je disais face à
la la fusion de nos deux collectivités, régionale
et départementale, nous serons tenus d’exercer nos
missions dans un contexte de cohabitation. Je souhaite qu’elle
soit la plus constructive et la plus respectueuse et je prendrai
toutes les initiatives de nature à la faciliter.
Je
considère que les contraintes particulières d’une
telle fusion (dans le respect des droits des salariés,
dans la complexité des enjeux financiers et fiscaux, de
l’inventaire du patrimoine et des valeurs afférentes,
de l’organisation et de la gestion des ressources humaines,
dans le domaine de la qualité du travail et de la stabilité
économique), nous imposent de mettre en place avec le Conseil
général, le plus tôt possible, un groupe de
travail pour préparer ce dossier central pour l’avenir
de la Martinique.
Le
peuple s’est prononcé le 10 et le 24 janvier. Nous
nous devons de respecter son vote et de nous atteler, au cours
de ce mandat de transition, à mettre en place cette institution
nouvelle, qui s’inscrit, qu’on le veuille ou non,
dans une dynamique de responsabilité !
A
la préparation de la loi ordinaire qui définira
les modalités de mise en oeuvre de cette nouvelle collectivité,
s’ajoutera celle de la réforme de la loi organique
de février 2007, visant à l’allongement des
délais d’habilitations qui devront permettre à
notre pays de légiférer sur des questions aussi
transversales et fondamentales que celles qu’implique toute
volonté de développement durable ! Nous devrons
y travailler sans attendre avec toute l’audace et toute
l’imagination possible ! Et nous devrons nous battre pour
convaincre et faire advenir ce que nous aurons collectivement
décidé !
Un
profond changement sur le plan du développement
économique
et social.
La
durée de ce mandat qui s’ouvre est limitée
dans le temps. 2 ou 4 ans selon les différents voeux qui
ont été formulés.
Quel
qu’il sera, nous devrons mettre à profit chaque heure,
chaque jour, chaque semaine, pour élaborer un projet audacieux,
un projet ambitieux qui ouvrira de nouvelles perspectives économiques,
sociales, écologiques et culturelles !
Des
outils nouveaux doivent être créés en concertation
avec les institutions en place: établissement public foncier
( pour relancer le logement et le tourisme) ;l’amélioration
de l’efficacité des outils d’aide et de soutien
aux entreprises ;la réforme du comité martiniquais
du tourisme, tant dans sa gouvemance que dans le champs de ses
interventions; la réforme de l’ARPEL ; (l’aide
aux commune) ; la révision du SAR et l’activation
du SDAT ;la recherche d’efficacité et de cohérence
dans la gestion des fonds Européen pour mieux optimiser
leur mobilisation à partir d’une ligne directrice
et des outils clairement et politiquement identifiés; la
mises en place des outils de prospective et de planification dans
le domaine de la formation professionnelle et de l’éducation
et de la culture. (Je souhaite faire de la Formation professionnelle
un levier de développement: en contribuant par le biais
de partenariat à la professionnalisation des salariés
et des chefs d’entreprises par une meilleure compétitivité
des entreprises
En
favorisant l’insertion professionnelle des jeunes avec une
attention particulière pour les personnes a mobilité
réduite, les femmes , grace a une offre de formation plus
adéquate avec le monde économique, les partenariats
seront vivement sollicités)
des outils de planification et de stratégie en matière
d'énergie renouvelable, je veux parler du plan énergie,
climat, territoire...; la meilleure utilisation d’outils
financiers modernes tel que le partenariat public privé
; le recours plus volontaire aux concessions de service public,
des sociétés d’aménagement et de HLM,
pour démultiplier l’efficacité des politiques
publiques...
Une
énumération complète de toutes ces urgences
serait interminable. Il faut simplement que les martiniquais sachent
que nous utiliserons toutes nos forces pour préparer la
Martinique àrelancer et à consommer sa production
locale, en travaillant filière après filière,
dans le domaine de l’artisanat, de l’agriculture,
de l’élevage, de la pêche, du tourisme... Tourisme
où le fondement de notre démarche sera une amélioration
sans précédent de l’attractivité économique,
culturelle et sociale de notre territoire, dans une dynamique
ou l’esprit entrepreneurial et la volonté politique
joueront une partition commune I C’est par son rayonnement
culturel et social, son inventivité économique,
l’éclat de son agriculture et de sa pêche,
et son rapport exemplaire aux technologies nouvelles et à
son environnement que la Martinique sera aimé et sera visitée
I
La
Région ne doit pas fuir l’autre responsabilité
majeure qui est de soutenir et d’encourager le dialogue
social. A cet égard, je mettrai en place très rapidement
un référent permanent dont la tâche sera d’inventorier
les initiatives en cours dans ce domaine, de les fédérer,
et de leur permettre d’accéder au plus vite au soutien
de la puissance régionale et d’une volonté
politique attentive et sans faille !
Nous ne pourrons pas non plus faire l'économie d'une réflexion
sur quelques enjeux majeurs: la fiscalité locale (notamment
la question de l’octroi de mer) ; l’activation d’une
culture régionale du développement en recherchant
la meilleure union régionale possible avec la Guyane, la
Guadeloupe en associant, sur le fondement d’initiatives
sectorielles des pays tiers de notre espace caribéen, et
même américain. Je prendrai l’initiative d’une
rencontre avec les Présidents Victorin LUREL et Rodolphe
ALEXANDRE, pour définir les modalités de cette union,
et le traitement de dossier sensibles comme la question du carburant
et de l’avenir de la SARA.
Enfin
l’urgence qu’il y a à trouver des solutions
rapides innovantes et opérationnelles exigent l’implication
participative du plus grand nombre possible de citoyens. Pour
cela, nous allons prendre l’initiative d’ouvrir la
Région à toutes les inspirations et à toutes
les contributions: directement (par des commissions ad hoc) ou
par tous les modes relationnels que nous offre Internet. Je veux
prendre comme exemple la question de la jeunesse qui devrait tous
nous mobiliser, sans exclusive politique, vers un plan de grande
ampleur. Une commission spécifique sera créée
à cet effet.
Enfin,
des sujets d’actualité et d’une grande importance
doivent être érigés en chantier prioritaires:
la question du lycée Schoelcher doit être réglée,
tout comme la réhabilitation des lycées dans les
communes où des travaux d’urgence doivent être
mis en oeuvre sans attendre.
Dans
la mise en oeuvre de notre relance, comme dans notre Projet qui
ira au-delà de cette mandature, il ne nous faudra pas perdre
de vue l’essentiel et le fondamental. Et cette exigence
demande le rappel de quelques-uns de mes principes.
Voici
le premier des principes qui m’animent: c’est d’abord
aux martiniquais qu’il appartient d’imaginer et de
mettre en oeuvre la destinée martiniquaise !
Le
docteur Aliker a eu raison de rappeler que nous sommes les meilleurs
spécialistes de nous-mêmes. C’est pourquoi
nous avons toujours revendiqué une responsabilité
pleine, c’est à dire une capacité d’agir
et d’exister sur nous-mêmes, dans notre environnement
et dans le monde, sans pour autant remettre en cause notre appartenance
au pacte républicain français. Entre une idée
de nous-mêmes qui passe par l’assimilation pure et
simple, et une autre conception de notre épanouissement
qui passe par la fragilisation aventureuse, nous avons proposé
une voie nouvelle.
Les
martiniquais ont rejeté la fragilisation aventureuse mais
ils n’ont pas rejeté la possibilité d’agir
sur leur destin I
Ils
n’ont pas rejeté un renforcement de nos compétences
qui ne remettrait pas en cause tous les acquis économiques
et sociaux qui nous ont été assurés par la
lutte héroïque de nos aînés I
Ces
acquis sont un héritage qu’il nous faut protéger.
Mais ce n’est pas un héritage destiné à
nous immobiliser voire à nous aliéner dans des postures
et des institutions qui ne correspondent plus aux évolutions
de notre conscience, ni aux réalités du monde actuel
! Bien au contraire ! Nos ancêtres se sont battus pour que
nous soyons plus libres ; ils se sont par là-même
battus pour que le progrès demeure ànotre portée,
dans un champ constitutionnel capable de reconnaître nos
différences, notre identité et notre personnalité
collective ! Et ce qu’ils attendent de nous, c’est
que nous ne soyons pas seulement des hommes libres, mais des hommes
conscients, des hommes inventifs et des hommes responsables !
C’est
d’ailleurs moins un héritage qu’une sommation
!
Et
cette future collectivité unique devra répondre
à cette sommation ; plus de conscience, plus d’inventivité,
plus d’audace, plus de responsabilité, et plus de
démocratie ! La France ne doit plus être pour nous
une simple source d’aides, de subvention ou de transferts.
Elle doit devenir le partenaire de notre effort collectif vers
une Martinique nouvelle, mieux installée en elle-même
et mieux inscrite dans la Constitution républicaine française
!
Voici
le deuxième de mes principes: pas de développement
ou d’épanouissement sans une bonne gouvemance !
A
cet égard, la mise en cohérence de nos institutions
par la mise en place d’une Collectivité unique devra
s’accompagner d’une vision à la fois plus globale
et plus différenciée de l’espace martiniquais.
Il y aura des développements géographiques dans
un épanouissement global, avec des articulations, et des
modalités de démocratie participative qui feront
que la responsabilité du cheminement commun sera celui
de chaque commune, de chaque mairie, et de chaque martiniquais.
Nous devrons être inventifs pour une nouvelle articulation
des services de l’Etat, des administrations, et des institutions
locales. Pour une meilleure articulation entre les forces productives
et les forces sociales. Pour une meilleure implication de la société
civile aux décisions publiques. Pour un meilleur agencement
des instances universitaires, culturelles et artistiques dans
le monde économique et social. Enfin, pour une meilleure
prise en compte des trajectoires individuelles afin que l’épanouissement
de tous se fonde sur l’épanouissement de chacun !
Enfin,
dernier principe: pas de développement ou d’épanouissement
sans des institutions fortes.
Nous
entrons dans un siècle difficile, avec des menaces sur
l’équilibre même de la planète et le
déploiement d’une logique économique globale
dont la seule perspective est le profit maximal.
C’est
un siècle qui demande la mise en place d’institutions
fortes, transparentes, fondées sur la diversité
et le plus haut degré possible de démocratie. Une
bonne institution bien pensée bien équilibrée,
inscrite dans une implication participative de tous, est plus
nécessaire qu’un quelconque homme providentiel, ou
que le plus vertueux des systèmes idéologiques.
Et
si une telle institution est au service de valeurs comme celle
de la solidarité, de la citoyenneté active sans
esprit de profit. Si elle est soucieuse de principes clairs et
de valeurs tutélaires qui remettent l’humain au centre
de tout le déploiement économique social et culturel.
Si elle sait animer un secteur privé dynamique et mobiliser
sa société civile, accorder toute sa place à
la jeunesse et aux personnes âgées. Si elle peut
dans son fonctionnement assurer à la fois toute la stabilité
utile et le renouvellement quand il est nécessaire... Alors
nous pourrons tout à la fois agir sur nous-mêmes
et agir sur le monde !
Ceci
pour vous dire toute l’importance que j’accorderais
àl’élaboration des modalités de mise
en oeuvre, de fonctionnement et d’action de notre future
collectivité unique. Nous pouvons en faire une assemblée
instituante, un outil au service de l’intérêt
du pays tout entier et qui fondera les bases généreuses,
inédites et solidaires, d’une Martinique nouvelle
!
Aux
personnels du conseil régional, je sais que certains agents
se sentent démotivés, ou ne comprennent plus le
rôle qu’ils doivent jouer. Le personnel de cette administration
doit être respecté, et c’est par le dialogue
que nous pourrons ensemble permettre à la Martinique de
rentrer dans une ère nouvelle. Je compte donc sur une administration
loyale, homogène, structurée, qui veille à
placer chacun, dans le cadre de la réorganisation que je
proposerai, dans le rôle qu’il doit jouer au quotidien
pour la réussite de l’action publique.
Aux martiniquais qui nous écoutent, je dis que la Martinique
est un grand pays ! Un pays capable d’affronter et de relever
tous les défis, à condition que nous ayons confiance
en elle et confiance en nous-mêmes !
Je
dis que la Martinique sera ce que nous en ferons, par notre participation
à la v le publique, à la vie économique,
à la créativité culturelle. Elle sera ce
que les femmes, les hommes, les jeunes, les grandes personnes
de ce pays en feront !
Le
monde qui vient est imprévisible et incertain, nous ne
pourrons jamais le soumettre à des plans ou à des
programmes mécaniques et rigides ; mais nous pourrons l’affronter
avec notre sens des responsabilités, notre ardeur au travail,
notre capacité à imaginer du nouveau et à
le mettre en oeuvre !
Cette
mandature ne sera pas celle d’un simple Conseil Régional.
Elle sera celle d’une assemblée de travail ! Une
assemblée de fondation et de prospectives ! Une assemblée
soucieuse de l’épanouissement de toute la Martinique,
et elle se sentira responsable de tous les domaines qui concerneront
l’avenir, le bien être et l’élévation
de tous les martiniquais !
Je
vous remercie tous, infiniment!
Fort de France le 26 mars 2010
Serge
LETCHIMY